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Articles sur Montherlant (hors presse)

125. Simon Leys (1935-2014) et Henry de Montherlant (1895-1972)

Introduction

 
 

Simon Leys (1935-2014)

Il est intéressant de noter que Simon Leys appréciait beaucoup l’œuvre de Montherlant dont il cite des extraits dans plusieurs de ses livres.

Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, né à Uccle (Belgique), 28 septembre 1935 – mort à Sydney (Australie), 11 août 2014, est un écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur, historien de l’art, sinologue et professeur d’université de nationalité belge, de langue française et anglaise et de confession catholique.

Pierre Ryckmans commence sa carrière de sinologue par des traductions et des recherches sur la peinture chinoise en particulier avec sa thèse : Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère de Shitao. Contribution à l’étude terminologique des théories chinoises de la peinture (1970). Pour son ouvrage La vie et l’œuvre de Su Renshan, rebelle, peintre et fou, 1814-1849 (1970), il reçoit le prix Stanislas Julien de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Par ailleurs, sous le pseudonyme de Simon Leys, il fut l’un des premiers intellectuels à dénoncer la Révolution culturelle chinoise et la maolâtrie en Occident en publiant sa trilogie Les Habits neufs du président Mao (1971), Ombres chinoises (1974) et Images brisées (1976). L’opposition scandaleuse d’intellectuels catholiques français maoïstes lui coûtera, en 1971, la perspective d’une carrière à l’université française. Son œuvre porte notamment sur la politique et la culture traditionnelle en Chine, la calligraphie, la littérature française et anglaise (notamment des auteurs catholiques), la mercantilisation de l’université, et la mer dans les œuvres littéraires.

Son intérêt et sa sympathie pour Montherlant se sont manifestés aussi quand il a publié chez Plon en 2005 un petit ouvrage de citations, “Les Idées des autres” réédité en mars 2016 chez Plon. Il signale sur la page de couverture, en dessous du titre, que ce livre est “pour l’amusement des lecteurs oisifs”. Et c’est bien vrai. Ce livre extrêmement intéressant, est jeune, passionnant, source de réflexions et de joie.

Il retient les citations de 170 écrivains de toutes les époques et de tous les pays, dont plusieurs de Montherlant. Il est heureux de voir cette affinité de Leys avec les écrits de Montherlant.

 
 

Simon Leys

Simon Leys, par contre, écarte de nombreux auteurs “à la mode” ou “glorifiés par l’Université et les médias”, tels que Duras, Céline, Camus, Malraux, Genêt, Becket, Sartre, et autres surestimés par “l’élite universitaire”.

Sur les 170 auteurs retenus par Simon Leys, Montherlant est le plus cité après Simone Weil (la philosophe), Emile Cioran, G.K Chesterton, Léon Bloy, R.W Emerson et Henry David Thoreau.

Simon Leys ne donne aucune référence dans son florilège et s’abstient de tout appareil de notes. Clarté et simplicité. On le lit en confiance.

Les citations de Montherlant choisies par Simon Leys

  • p. 13 : Tout le mal qui est fait sur la Terre est fait par les convaincus et les ambitieux. Le sceptique sans ambition est le seul être innocent sur terre.
  • p. 55 : Au fond, la plupart des gens ne lisent pas ; ou, s’ils lisent, ils ne comprennent pas ; quant à ceux qui comprennent, ils oublient.
  • p. 86 : Le côté infâme de la plupart des philosophies, c’est qu’elles veulent avoir une conclusion optimiste.
     
     

    Montherlant par Pierre-Yves Trémois

  • p. 98 : Si j’avais été chrétien croyant, j’aurais été prêtre. Et j’aurais été un saint. Car un croyant est un saint, ou il n’est pas croyant. Le sacerdoce fait de tout homme qui l’a reçu un séparé. S’il n’est pas un séparé, il n’est rien.
    Le pauvre prêtre. – Je le rencontre souvent, dans un certain quartier. Le seul de Paris à porter soutane, n’en doutons pas. Toujours tête nue, cheveux blancs, et le visage d’un centenaire. La soutane propre, mais des godillots de clochard. Une fois, je l’ai vu faisant la queue, sur le trottoir, devant une marchande de comestibles. Si j’avais été la marchande, je lui aurais dit : “Monsieur l’Abbé, passez le premier.”
    Il est d’un autre monde. Il est du sien.
    J’aurais voulu trouver l’occasion – circonstances, lieu, ambiance – de me mettre à genoux devant lui et de lui demander sa bénédiction.
  • p. 110 : Qui me rend visite me fait honneur, qui ne me rend pas visite me fait plaisir.
  • p. 114 : Le travail est une infamie.

Et cette citation de Claude Lévi-Strauss, citée par Leys au sujet de Montherlant :

  • p. 52 : Montherlant avait eu un jugement prophétique lorsqu’il disait que les sociétés payent très cher le fait d’avoir constitué la jeunesse comme une entité séparée.
    C’est le signe que les générations en place ne sont plus sûres de leur valeur…
    Les sociétés se maintiennent parce qu’elles sont capables de transmettre d’une génération à l’autre leurs principes et leurs valeurs. A partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre, ou ne savent plus quoi transmettre et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades. (Claude Lévi-Strauss)

Essais de Simon Leys

     
     

    Simon Leys

  • Les Habits neufs du Président Mao, chronique de la “Révolution culturelle”, préfacé par René Viénet, Paris, Champ libre, 1971, 314 p. (1er titre de la collection “Bibliothèque asiatique”, dirigée par le sinologue situationniste René Viénet) ; éd. poche, Paris, Livre de Poche, 1989
  • The Chairman’s New Clothes: Mao and the Cultural Revolution, New York, St. Martin’s Press, 1978 (translated by Carol Appleyard and Patrick Google)
  • Ombres chinoises, Paris, 10/18, 1974, 312 p. Chinese Shadows, (Ombres Chinoises), New York, Viking Press, 1977
  • Images brisées, Paris, Robert Laffont, 1976
  • Broken Images : Essays on Chinese Culture and Politics, New York, St Martin’s Press, 1980
  • Human rights in China, United Daily Newspaper, 1979, 67 p.
  • Préface à L’Enquête sur la mort de Lin Biao de Yao Mingle, Paris, Robert Laffont, 1983
  • La Forêt en feu : essais sur la culture et la politique chinoises, Paris, Hermann, 1983
  • The Burning Forest: Essays on Chinese Culture and Politics, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1985
  • Orwell ou l’horreur de la politique, Paris, Hermann, 1984 ; Plon, 2006
  • L’Humeur, l’Honneur, l’Horreur : essais sur la culture et la politique chinoises, Paris, Robert Laffont, 1991, 184 p.
  • The view from the bridge, Sydney, ABC Books, 1997
  • Essais sur la Chine, Paris, Robert Laffont, coll. “Bouquins”, 1998 (recueil réunissant Les Habits neufs du Président Mao, Ombres chinoises, Introduction à Lu Xun, La Mauvaise Herbe, Images brisées, La Forêt en feu, L’Humeur, l’Honneur, l’Horreur, avec une préface de Jean-François Revel)
  • L’Ange et le cachalot, Paris, Le Seuil, 1998 ; éd. poche, Paris, Le Seuil, coll. “Points-Essais” 2002
  • The Angel and the Octopus: Collected Essays, 1983–1998, Sydney, Duffy and Snellgrove, 1999
  • Protée et autres essais, Paris, Gallimard, 2001
  • Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper, Paris, Arléa, 2003 ; éd. poche, Paris, Le Seuil, 2005, coll. “Points”
  • The Wreck of the Batavia: A True Story, Black Inc., 2005
  • La Mer dans la littérature française : de François Rabelais à Pierre Loti : tome 1, De François Rabelais à Alexandre Dumas ; tome 2, De Victor Hugo à Pierre Loti, Paris, Plon, 2003
  • Les Idées des autres, idiosyncratiquement compilées pour l’amusement des lecteurs oisifs, Paris, Plon, 2005, réédité en mars 2016
  • Other People’s Thoughts – Idiosyncratically compiled by Simon Leys for the amusement of idle readers, Black Inc., 2007
  • Le Bonheur des petits poissons. Lettres des Antipodes, Paris, Éditions Jean-Claude Lattès, 30 janvier 2008, 213 p. (ISBN 978-2709629973)
  • Le Studio de l’inutilité, Paris, Flammarion, 5 avril 2012, 301 p. (ISBN 978-2081269958)
  • The Hall of Uselessness: Collected Essays, Collingwood, Victoria, Black Inc., 2011
  • Quand vous viendrez me voir aux Antipodes. Lettres à Pierre Boncenne, Paris, Philippe Rey, 21 mai 2015, 188 p.

Etudes bibliographiques ou critiques sur Simon Leys

  • Benjamin I. Schwartz, review of Chinese Shadows, in The New Republic, August 1977, p. 40
  • Peggy Durdin, review of Chinese Shadows, in Worldview, Vol. 21, No. 3 (March 1978), p. 51
  • Sally Borthwick, review of Chinese Shadows, in Australian Journal of Chinese Affairs, No. 1 (1979), p. 145
  • Textyles, revue des lettres belges de langue française, no 34, 2008, consacré à Simon Leys
  • Philippe Lançon, Leys, mort d’un bookmaker chinois, Libération,‎ 11 août 2014
  • Pierre Boncenne, Le Parapluie de Simon Leys, Paris, Philippe Rey, 2015, 250 p.
  • Pierre Boncenne, Quand vous viendrez me voir aux antipodes, lettres de Simon Leys à Pierre Boncenne, Paris, Philippe Rey, 2015, p. 189
  • Philippe Paquet, Simon Leys : navigateur entre les mondes, Paris, Gallimard, 2016, 670 p.